JUSQU'A LA BOLIVIE

by Luli Rodriguez Gugliotta


Nous avons vu des choses incroyables: la Ruta 40 jusqu'au salar de Salinas Grandes, un pneu éclater, la montagne aux 7 couleurs, la montagne aux 14 couleurs... Bref, tant de couleurs et de perspectives !

Cerro Hornocal - Montagne de 14 couleurs.

Cerro Hornocal - Montagne de 14 couleurs.

Mais rien, rien ne nous avait préparés à la route 9 qui rejoint la Bolivie depuis Salta, en passant par San Salvador de Jujuy, et ces couleurs.

San Salvador de Jujuy se trouve dans la vallée, à 1200 mètres d'altitude. Et doucement, régulièrement, la route s'élève. Et la vue change. Jamais conduire n'avait été aussi beau. Les villages se font plus rares, plus petits, puis disparaissent. La végétation, d'abord luxuriante, quasi tropicale, évolue elle aussi. Vers 2800 mètres, la vallée est remplie de saules pleureurs. Autour, les montagnes deviennent arides, couvertes de buissons et de ces cactus démesurés. Jusqu'à 20 mètres parfois. Quand on sait qu'ils grandissent de 2 à 4 centimètres par an en moyenne... Ils en ont vu d'autres !

Et puis finalement, l'Altiplano à... 4200 mètres, avec une étendue à couper le souffle, ça fait grand.

Ruta 9

Ruta 9

Toutes ces merveilles pour rejoindre la Bolivie et la ville frontalière de Villazón (prononcé "vichassonne"). Le tissage d'échoppes et de tissus en lien avec la culture inca est encore très présent. En Bolivie, plus qu'ailleurs, les villages ont leur artisanat "inca" et leurs spécialités. Comme une notion de terroir pour le vin, en quelque sorte.

Une file d'attente absolument gigantesque et surtout immobile, un énorme nuage tout noir rempli de grêle, de vent et d'eau, ainsi que Luli manquant visiblement d'oxygène (décidément !) - nous obligent à quitter la ville. Nous dormirons finalement à Yavi Chico, une sorte de bout du monde perdu au milieu d'un plateau, et aux maisons de terre. Nous passerons la nuit chez l'habitant. 

La journée du lendemain se passera en Bolivie donc. Ce fut, à vrai dire, très difficile de trouver notre bonheur. Il semble que la réputation de ce marché l'ait un peu dépassé. Beaucoup de tissus industriels, que ce soit au niveau du tissage ou des teintures. Et qui viennent de Chine...

Mais la persévérance, l'oeil et le flair de Luli nous conduiront finalement à rencontrer la perle rare: un homme d'une cinquantaine d'années, Florencio, qui tient son échoppe dans la partie historique de Villazón. Il collectionne les Aguayo Antigua, qui n'ont jamais aussi bien porté leur nom. Nous trouverons certaines merveilles, tissées au métier à tisser traditionnel il y a un demi-siècle. L'odeur de lama et de cheval ne laisse pas de doute, du moins quant à leurs vies antérieures. Florencio connaît l'histoire de chacun de ses tissus, de leur date de tissage, du nombre de semaines qu'ils ont nécessité pour être créés: entre 3 et 4. Chaque tissu est unique. Les pièces d'aguayo décrivent des histoires, représentent des symboles. Des symboles que nous interprétons d'une certaine manière, mais qui avaient sans doute une signification autre et bien différente au moment de leur tissage. Il n'y a pas d'école, pas de règle: l'inspiration et la technique seules permettent de créer ces merveilles.

Florencio à Villazón. 

Florencio à Villazón.